Une déclaration qui fait trembler les certitudes: « La démocratie occidentale tue. »
Ces mots du Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Burkina Faso et Président en exercice de l’Alliance des États du Sahel (AES), prononcés le 2 avril 2026, lors de l’interview accordée à l’occasion de l’anniversaire de la Révolution Progressiste Populaire (RPP), ont résonné comme un coup de tonnerre dans le ciel politique africain. Qu’on le veuille ou non, ces propos ne sont pas dénués de leur fondement dans ce contexte international où l’on veuille, coûte que coûte, imposer la démocratie dans des États par la violence en violation du droit international.
Ils ont au moins un mérite: celui de forcer la réflexion que beaucoup de dirigeants africains n’osent pas avoir publiquement.
La CDPA-BT, un parti politique togolais engagé depuis les années 1990 dans le combat pour la démocratie et la souveraineté du Peuple togolais en particulier et en général pour les Peuples afriques, ne peut rester indifférente à ce débat. Non pas par silence, applaudir ou encourager des coups d’État ; car à la CDPA-BT, nous n’avons jamais cru que la force des armes pouvait durablement remplacer la volonté des peuples. Elle aboutit en général à la culture de la haine et de la violence. C’est pourquoi, les questions posées sur la démocratie méritent des réponses honnêtes et courageuses pour éviter toute confusion et tout paradoxe dans la réalisation démocratique.
I – Le paradoxe africain : trente ans de démocratie, zéro développement ?
Depuis les indépendances, et plus particulièrement depuis les années 1990 en Afrique francophone, la démocratie a été présentée comme la voie royale vers le développement et la dignité des peuples. Des partis politiques ont été
créés. Des élections ont été organisées, plus ou moins transparentes. Des constitutions ont été rédigées, amendées et adoptées pour un résultat insignifiant.
Après trois décennies de ces régimes dits démocratiques, le constat est accablant : le développement n’est pas au rendez-vous. La misère s’étend. Et des milliers de jeunes Africains continuent de fuir leurs pays pour aller mourir dans la Méditerranée, préférant ainsi braver la mort plutôt que de vivre dans leur propre pays. C’est là le grand paradoxe.
Comment expliquer ce paradoxe? Alors que la démocratie était censée produire des dirigeants responsables devant leurs peuples, garantir la bonne gouvernance et la distribution équitable des richesses nationales, pourquoi alors, les pays africains dits démocratiques n’ont-ils pas réussi à traduire dans les faits, leur politique de développement et restent-ils parmi les moins développés de la planète ? Existe -t-il une autre explication à cela? c’est la question de souveraineté.
Comme le soulignait l’économiste Égyptien, Samir Amin, « la démocratie formelle sans souveraineté économique n’est qu’une façade au service des intérêts du capital international». Une réflexion qui résonne douloureusement avec la réalité que vivent nos peuples.
II La souveraineté : le grand absent de la démocratie africaine ?
Aujourd’hui la question de souveraineté est d’actualité. D’une manière générale, elle se pose à tous les États. Et tous les États sont unanimes pour réclamer et défendre leur souveraineté, mais à quel prix ?
La plupart des pays africains présentés comme des modèles de démocratie par la communauté internationale sont-ils vraiment souverains ? Alors qu’ils sont tous sous le parapluie du FMI et la Banque mondiale ?
La réalité invite à en douter sérieusement. Des dirigeants africains reçoivent leurs instructions dans l’ombre de capitales étrangères. Des ressources naturelles sont bradées au profit de multinationales. Des politiques économiques sont dictées par le FMI et la Banque Mondiale, au mépris des besoins réels des populations. Et lorsqu’un État africain cherche à sortir du système international dominant, ou lorsqu’un dirigeant africain ose résister, il est aussitôt menacé, déstabilisé ou éliminé.
L’histoire du Franc CFA en est l’illustration la plus criante : comment parler de souveraineté lorsque quatorze pays africains n’ont aucun contrôle sur leur propre monnaie ? Quand au Togo, le Président Sylvanus OlYMPIO a cherché à sortir d’une situation de dépendance économique et politique en créant la monnaie de son pays, il fut assassiné en 1963.
C’est précisément pour conquérir leur souveraineté que les pays de l’AES aussi – Niger, Mali, Burkina Faso – ont choisi de se battre en se retirant de la CEDEAO, en refusant les diktats de l’Union Européenne et des États-Unis, pour rechercher de nouveaux partenariats avec la Russie et la Chine. Qu’on soit d’accord ou non avec leurs politiques, leur diagnostic sur l’absence de souveraineté réelle est difficile à contester.
III La démocratie occidentale est-elle, elle-même, souveraine ?
La montée en puissance du Président des États -Unis, M. Donald Trump et son attitude ouvertement hégémonique envers ses propres alliés européens ont révélé une réalité que beaucoup voulaient ignorer: les pays européens, pourtant fleurons de la démocratie libérale, se comportent en vassaux des États-Unis, dès que Washington élève la voix. D’où les questions suivante s:Où est la souveraineté ? Où est la démocratie ?
Par ailleurs, si la démocratie devrait garantir le développement, comment expliquer que les États-Unis – chantre autoproclamé de la liberté et de l’État de droit – comptent des dizaines de millions de pauvres sur leur sol ? Comment expliquer les scandales de corruption qui secouent régulièrement les démocraties les plus indiquées ?
La démocratie apparaît finalement moins comme un système de gouvernement mais comme un instrument d’influence, une arme idéologique au service des puissants. Encore plus inquiétant, la démocratie est réduite à la force brute, l’usage de la puissance de feu, « une démocratie des B52 » (bombardiers52) .
IV Le modèle chinois : une leçon à méditer sans imiter ?
La Chine n’applique pas la démocratie à l’occidentale. Pas d’élections universelles. Pas de multipartisme. Et pourtant, la Chine est aujourd’hui la deuxième économie mondiale. A ce titre, elle a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté en quelques décennies, et elle attire les investisseurs et les partenaires du monde entier. Ce modèle démontre simplement que le lien entre démocratie libérale et développement n’est pas aussi automatique et universel qu’on veut bien nous le faire croire.
Cela veut dire qu’il ne peut être transposable tout comme le modèle libéral en Afrique. L’Afrique doit réfléchir et définir un modèle qui lui soit propre. Les responsables politiques en sont capables . c’est ce qui fait dire à
l’ancien Président tanzanien Julius Nyerere que: « Les Africains ne sont pas moins intelligents que les autres. Ils ont simplement besoin d’un système politique adapté à leur réalité, à leur histoire et à leur culture. »
V La CDPA-BT face à ce débat
A la CDPA-BT, nous affirmons avec conviction que la démocratie – dans son sens profond – reste le seul système capable de garantir la dignité, la liberté et le bien-être des peuples. Mais nous refusons la caricature de démocratie qui nous a été imposée : celle qui se résume aux élections pipées d’avance, aux accords signés sous pression internationale et à la perpétuation des régimes autocratiques sous couverture de “légitimité électorale”.
Au Togo, nous vivons cela depuis 1963. Le régime Gnassingbé – insttalé depuis le premier coup d’État commis en Afrique après les indépendances, contre le Président Sylvanus Olympio – a su utiliser le théâtre électoral pour donner l’illusion de la démocratie à la communauté internationale, tout en maintenant son emprise totale sur le pays.
C’est pourquoi la CDPA-BT a toujours parlé de démocratie grise, une démocratie instrumentalisée et refuse de cautionner ces simulacres.
VI Vers une démocratie souveraine et participative pour le développement.
Nous proposons de réfléchir à une démocratie réellement souveraine, qui :
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garantisse la liberté d’expression, la séparation des pouvoirs et la protection des droits fondamentaux sans les soumettre à des tutelles étrangères ;
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s’appuie sur les valeurs culturelles africaines de délibération collective – ce que nos ancêtres pratiquaient sous l’arbre à palabre pour construire un consensus social authentique ;
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subordonne les mécanismes électoraux à une véritable indépendance économique sans laquelle aucun dirigeant élu ne peut gouverner librement ;
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refuse les ingérences extérieures, qu’elles viennent de l’Occident, de la Russie ou de la Chine au nom d’un multilatéralisme respectueux des peuples.
