La DMK à l’épreuve de la vérité : qui trompe qui ?

 

Sans jamais réussir à prendre le pouvoir pour réaliser le changement démocratique et instituer une politique alternative capable de transformer les conditions d’existence de la population, des partis du courant majoritaire de l’opposition regroupés au sein de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), continuent toujours de faire croire, depuis le 22 février 2020, que l’alternance est pour bientôt. Et que Agbeyome son “président démocratiquement élu s’emparera donc du pouvoir avant la fin de l’année 2020.

Comme il n’a pas pu l’arracher en 2020, il a remis tout ça sur 2021. Puis, dans une vidéo lancée sur les réseaux sociaux le 25 mars 2021, un membre de la DMK déclare que “Même si c’est au milieu de ce 4ème mandat, Faure va chuter. C’est l’assurance que nous vous en donnons parce que nous en avons décidé ainsi et il en sera ainsi.” Sans vraiment se donner les moyens de leur politique, les sept partis politiques ( le BAC, la CDPA, les DSA, le MPDD, le NID, la RACINE, et le TOGO AUTREMENT ) qui revendiquent leur appartenance à la DMK, ont fait de l’instrumentalisation du mensonge leur stratégie de lutte et de conquête du pouvoir.

Aussi, pour parvenir à leur fin, ces sept partis cherchent à manipuler la conscience des Togolais en bâtissant leur stratégie sur des considérations mystiques. Ils croient et font croire à une approche religieuse de la lutte pour la démocratie. Quoi de plus normal quand on est attaché aux principes de la liberté de conscience, de culte, et autres ! Croire en Dieu ou en toute autre chose n’est pas un crime. Mais ce qui est inadmissible, c’est cette propension à asseoir la lutte pour la démocratie sur la manipulation de conscience et le mensonge.

C’est dans ces conditions que Agbeyome Kodjo, ancien Premier Ministre, “dauphin” et “fils spirituel” de Gnassingbe Eyadema, comme ils disent eux-mêmes, et qui s’est autoproclamé président démocratiquement élu, s’enorgueillit depuis l’étranger de travailler d’arrache-pied avec foi, pour obtenir la transition démocratique en décembre 2020, puis en 2021. Il est convaincu par les prophéties de Monseigneur KPODZRO et du prophète Isaïe que l’alternance est entre ses mains. Selon lui, “C’est l’esprit saint qui prend le contrôle du pays (sic).

Dans sa dernière “lettre ouverte au Président” en décembre 2020, Agbeyome Kodjo demande la restitution pacifique du pouvoir qui lui revient, rappelant qu’il mène “avant tout le combat pour [la] primauté du mérite, de la justice, de l’équité, du respect de soi et des droits de l’Homme pour une prospérité́ partagée dans la solidarité envers les plus faibles. Ces valeurs pour lesquelles il déclare se battre séduisent. Elles sont donc incontestables et doivent être défendues sans compromission.

A en croire Agbeyome, c’est donc autour de ces valeurs qu’il s’est engagé à participer aux élections présidentielles de 2020 malgré les imperfections de toutes les institutions, et malgré les conditions inadmissibles d’organisation de ces élections, qu’il savait d’avance frauduleuses. Il a fait donc campagne autour de ces valeurs, “refusant de se mettre en marge des lois communes qu’ils se sont données avec le régime. Il défend l’éthique sans laquelle la politique [dit-il] s’assimile à la barbarie et à l’horreur dont sont coutumières les dictatures.

Toujours le même Agbeyome dit avoir accepté les lois républicaines qu’ils se sont données avec le régime. Mais il s’est précipité pour proclamer sa victoire sans attendre la fermeture des bureaux de vote et la proclamation des résultats par la CENI comme le prévoit le code électoral. Il justifie cette défiance par le fait d’avoir été informé “des manœuvres partisanes pour déclarer Faure vainqueur du scrutin, et affirme que c’est la raison pour laquelle il a “décidé de prendre les Togolais et la communauté internationale à témoin en proclamant notre victoire avec un score oscillant entre 59 et 61% sur la base des témoignages de nos représentants dans les bureaux de vote dans la matinée du 23 février 2020, et selon le chiffre publié par un diplomate américain sur la base des éléments du scrutin fournis par câble diplomatique au département d’État américain, qui nous plaçaient gagnant à 67% .

Comment peut-on croire en sa victoire et le soutenir dès lors qu’il affirme “que dans la nuit du 23 février 2020 le centre de compilation est mis en vacance” comme il le reconnaît lui-même, alors qu’il avait lui-même proclamé les résultats dès 16 heures le jour du scrutin (22 février 2020) ? D’où détient-il les procès-verbaux qui lui ont permis de se déclarer vainqueur “en violation du code électoral, et du protocole de toute observation internationale des élections, comme il le dit lui- même ?

A l’évidence, les démonstrations d’Agbeyome ne suffisent pas à convaincre tous ceux qui estiment que les conditions d’organisation et de proclamation des résultats de ces élections sont telles qu’il n’est pas possible de dire objectivement lequel des candidats a gagné ou perdu. Et surtout lorsqu’il affirme, par ailleurs, que Sans avoir réuni l’ensemble des 9389 procès-verbaux de l’ensemble des bureaux de vote via les CELI, (Commission Électorale Locale Indépendante) et sans avoir procédé́ à leur vérification et organisé une plénière de validation suivie de certification, aucune proclamation de résultats, fût-elle provisoire, n’est possible. Et parlant toujours de la certification des résultats, il proclame que “Cette chaîne d’activités obligatoires ne peut s’accomplir en une journée au Togo en l’état actuel des infrastructures disponibles, c’est la raison pour laquelle le législateur a prévu six (6) jours à compter de la clôture du scrutin(cf. https://youtu.be/ePiljjO_5gE).

Faut-il comprendre par ces propos que Agbeyome, homme “d’expériences” comme ils le disent, ex-député et ex-président de l’Assemblée nationale, ancien Premier Ministre d’Eyadema, admet que même ses propres résultats sont invalides, et sont par conséquent aussi contestables que ceux de Faure Gnassingbe, faute de n’avoir pas, lui non plus, attendu les 6 jours prévus par le législateur, à compter de la clôture du scrutin, pour la certification des résultats ?

La question mérite d’être posée. Rappelons-nous la déclaration de la Conférence des Evêques du Togo (CET) publiée le dimanche 1er mars 2020. Dans son message intitulé : “Maître, nous périssons ; cela ne te fait rien ?“, la Conférence des Evêques du Togo a estimé “que l’élection présidentielle du 22 février 2020, dans son ensemble, s’est déroulée dans un climat relativement apaisé mais que “pour ce qui concerne la transparence et l’équité de ce scrutin, on ne peut en dire autant. Éclairante affirmation sur les conditions douteuses d’organisation de cette élection ! En vérité, la CET n’a pas reconnu la victoire d’Agbeyome Kodjo comme le dit ce dernier. La CET a émis des réserves sur les conditions douteuses de l’organisation du scrutin. On ne peut pas se fonder sur la citation ci-dessus pour déclarer que la CET a reconnu la victoire d’Agbeyome.

Si l’on s’en tient à toute cette polémique postélectorale née du scrutin du 22.02.2020, on retiendra que ni les réserves de la CET, ni le communiqué du 22.02.2020 de l’ANC, ou encore, les déclarations d’un député français un an après le scrutin, ne peuvent servir de preuves de la victoire d’Agbeyome. Dire le contraire, c’est dire une contre-vérité. L’opacité dans laquelle s’est déroulé le scrutin n’offre pas une garantie à tous ceux qui ont consciemment accepté de participer à une élection frauduleuse dont l’objectif est, comme pour les cinq élections présidentielles précédentes (1998, 2003, 2005, 2010 et 2015), de maintenir le pouvoir en place.

De ce point de vue, la CDPA-BT estime que ceux qui ont participé à cette élection, –qu’ils savaient truquée d’avance– devraient cesser de faire croire que la transition est pour bientôt. Il vaut mieux commencer à réfléchir à ce que l’on doit faire pour inverser le rapport de force en faveur de l’opposition pendant ce quatrième mandat de Faure. Sinon, tout le reste est illusion.

Paris, le 28 Mars 2021

Pour la CDPA-BT

Section de France

E.Boccovi

 

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