Pour une politique alternative d’opposition:Conseil National III: SEANCE D’OUVERTURE Allocution du Premier Secrétaire

 

Conseil National II:  SEANCE D’OUVERTURE Allocution du Premier Secrétaire

Depuis plus de trente années, le courant majoritaire de l’opposition togolaise a connu une errance politique qui n’a pas permis d’empêcher la transition de la quatrième à la cinquième république au Togo. Cette longue période a mis en lumière les limites de la stratégie adoptée ainsi que l’illusion entretenue par cette démarche. En effet, cette errance s’est notamment manifestée par des divisions internes persistantes au sein de l’opposition et par une incapacité à offrir une alternative crédible face au pouvoir en place. Ces faits illustrent la difficulté et le caractère illusoire du changement longtemps espéré

Face à ce constat, il apparaît nécessaire de ramener l’opposition vers les principes fondateurs de la lutte pour la démocratie et la justice sociale. Ces principes reposent sur la mobilisation populaire, la défense des droits fondamentaux, l’exigence d’une politique alternative d’opposition, l’unité d’action ainsi que la construction d’organisations autonomes.

Dans cette perspective, l’administration de la CDPA-BT publie un document structuré en cinq points, issu des travaux de son Conseil National tenu en 2002. Ce document a pour objectif de rappeler à l’opposition l’importance des orientations stratégiques adoptées lors de ce conseil et de proposer un cadre de référence, le MFAO, afin de renforcer la cohésion et l’efficacité de l’action commune face aux défis actuels.

Enfin, la CDPA-BT invite ses militants ainsi que l’ensemble des démocrates de l’opposition à s’approprier pleinement ce cadre de référence.

Fait le 19.11.2025

 

Conseil National III:  SEANCE D’OUVERTURE Allocution du Premier Secrétaire

Il y a exactement 10 ans, la CDPA-BT tenait son Congrès constitutif à Koforidua, au Ghana. C’était du 1er au 3 mars 1991. Il n’était alors pas possible de créer un parti d’opposition dans le pays. Même pas un parti clandestin. Quand nous nous préparions à en créer un en 1984, la répression hystérique s’était abattue sur nous. Les moins chanceux y avaient perdu la vie1. Beaucoup ont dû s’exiler. La vocation régionale et panafricaine de la CDPA-BT nous imposait cependant de tenir le congrès, non pas à l’étranger, mais en terre africaine. Nous avions alors choisi Koforidua, qui offrait à l’époque les conditions de sécurité et de commodités requises. Le présent Conseil national marque donc le 10e anniversaire du Congrès constitutif de la CDPA-BT, et le 11e anniversaire de la création du Parti.

Mars 1991, c’était donc 3 années après la création du Parti ; c’était 5 mois après l’insurrection populaire d’octobre 1990 ; c’était 2 semaines avant le début de la grève des étudiants (16 mars) et la marche historique des femmes pour les soutenir (18 mars) ; c’était 2 mois avant la proclamation du multipartisme et le début de la création de la plupart des partis d’opposition actuels ; c’était 4 mois avant l’ouverture de la Conférence nationale. C’était enfin 2 ans après la première publication de l’Alternative, qui est le manifeste de la CDPA. Ce manifeste fut rédigé par les membres fondateurs de la CDPA-BT, qui furent également les fondateurs de la CDPA. Nous étions alors un petit groupe de cinq personnes exilées à Paris et à Londres. C’était en 1988.

La CDPA-BT est née en effet de la nécessité d’un recentrage de la ligne politique définie à partir des principes énoncés dans l’Alternative, qui sont les principes d’orientation de la politique d’opposition que nous voulions conduire contre le régime de dictature. Ce recentrage, devenu alors indispensable, est à l’origine de la scission survenue au sein du groupe qui avaient donc créé la CDPA à Genève en 1988. C’était la scission ou une politique incohérente et aventureuse (comme on le verra par la suite), et qui n’a rien de commun ni avec l’Alternative, ni avec la CDPA retenu en 1988. Il fallait choisir. Nous l’avons fait. Ce n’était pas de gaîté de cœur.

En décidant de créer ce parti dans la clandestinité en dépit de l’interdiction faite par le pouvoir en place, ce petit groupe avait aussi, du coup, accepté de prendre le risque de ramer à contre-courant d’une tendance dominante, celle qui soutenait alors qu’il était dangereux et inopportun en ce moment de créer dans le pays un parti d’opposition clandestin au régime autocratique(2). Dangereux, c’était vrai. Mais inopportun, c’était fort discutable, comme l’a prouvé par la suite l’évolution de la situation politique à partir de 1989-1990.

Il fallait oser. Le nom que nous avions donné à ce parti alors clandestin –La CDPA– n’était pas pour nous, futurs fondateurs de la CDPA-BT, un simple sigle. Il recouvrait tout un vaste programme politique. Nous n’avions donc pas voulu nous en dessaisir au moment de la scission. Nous avions en effet la conviction que ceux dont nous nous séparions par la force des choses, ne pourront pas édifier un parti d’opposition sur la base de ce programme politique. La suite montrera bien que nous ne nous étions pas trompés : le sigle CDPA, en tant que parti politique, aurait cessé d’exister depuis longtemps s’il n’avait pas été récupéré après la scission par d’autres, –des amis bien sûr–, qui lui ont imprimé l’orientation politique qu’on lui connaît aujourd’hui. Cette orientation ne correspond guère aux principes définis dans l’Alternative.

Un recentrage ? La situation confuse où l’on a fini par enliser la lutte pour la démocratisation, surtout depuis le coup de force électoral de juin 1998 à travers le processus du « dialogue inter togolais », impose plus que jamais un autre recentrage, celui de la politique d’opposition conduite tout au long des dix années écoulées. Une tâche infiniment plus difficile qu’il y a dix ans. La confusion politique a, en effet, pris des proportions sans précédent. Le discours sur « l’éradication de la dictature » est devenu un paravent derrière lequel se sont cristallisés des enjeux sans rapport avec les aspirations des masses populaires. Les priorités de l’action politique sont désormais fonction d’intérêts antagonistes au sein de ce qu’il est toujours convenu d’appeler l’opposition. Pour nombre de chefs de partis de cette mouvance, le régime n’est plus aussi « diabolique » qu’on se plaisait à le dire à la Conférence nationale…

Et pourtant, la situation politique n’a pas fondamentalement changé en bien. Le régime de dictature survit et se renforce au fil des « dialogues inter togolais » et des « accords paritaires ». Les libertés conquises grâce à l’insurrection populaire d’octobre 90 sont restées fragiles, et constamment remises en cause. De grandes menaces pèsent sur le multipartisme ; elles ne viennent d’ailleurs pas seulement du pouvoir désavoué, mais aussi du sein de l’opposition elle-même. La presse fonctionne sous un régime de liberté surveillée, avec un harcèlement continuel des directeurs de publication. La liberté d’expression en est sans cesse précarisée. Les médias publics sont tout aussi confisqués qu’avant 1990 et, avec eux, la liberté d’informer et de s’informer. Les humiliations et les brimades d’hier se poursuivent avec plus d’arrogance. Les passagers des transports en commun sont toujours contraints de descendre et de traverser à pied les postes de contrôle plus que jamais multipliés sur les routes. Les chauffeurs sont toujours soumis aux rackets et aux abus de pouvoir… Pour la CDPA-BT, le changement, c’est aussi l’abolition de toutes ces pratiques qui rendent la vie quotidienne difficile pour citoyen.

Le pays est plus que jamais confronté à un pourrissement politique et social sans précédent. La jeunesse, plus que tous les autres, se sent mal à l’aise dans cette situation. Totalement désorientée et sans ouverture sur l’avenir, elle ne croit plus en elle ; elle ne croit plus en son pays. Se sentant sans patrie, sans pays, sans racine, elle ne cherche plus qu’à s’évader pour aller vivre son angoisse ailleurs, ou alors à se laisser corrompre pour tenter de survivre. Et pourtant, ce sont les jeunes qui font l’avenir d’un pays, d’une société.

Un nouveau sursaut collectif est plus que jamais nécessaire pour réaliser le changement démocratique. Et ce sursaut collectif passe par une véritable mobilisation politique de la population.

J’aurais dû me contenter d’un discours convenu de séances d’ouverture, au lieu d’importuner nos invités avec toutes ces évocations. Surtout en un moment où les législatives anticipées polarisent toute l’attention, suscitent tant d’espoirs et d’illusions, et sont outrageusement présentées de part et d’autre comme le bout du tunnel, « la fin des souffrances du peuple ». Dois-je vous présenter des excuses ?

Les problèmes ci-devant évoqués sont pourtant bien réels. La masse de la population les ressent plus ou moins clairement. Elle en subit durement les effets. Et elle s’interroge, en dépit de l’optimisme de bon aloi affiché dans certains milieux de l’opposition. A la CDPA-BT, nous sommes profondément préoccupés par ces problèmes. Voilà pourquoi nous entendons les poser dans ce Conseil national et en faire l’objet d’un débat public, un débat auquel vous êtes tous cordialement invités à prendre part.

On n’a pas voulu reconnaître la nature profonde des mouvements insurrectionnels dont l’Afrique fut le théâtre pendant ces quinze dernières années du siècle. Bénin, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Congo, Zaïre… On a préféré les banaliser en parlant de « vent de l’Est », comme si les Africains étaient, eux, irrémédiablement condamnées à mimer les autres. On savait pourtant que ces insurrections populaires étaient les prémisses d’une lame de fond de la même nature que la Révolution de Cromwell en Angleterre (1660), ou la Révolution de 1789 en France. Et qu’il s’agit donc aujourd’hui, comme dans ces cas historiques, de remplacer des régimes politiques intolérables et anachroniques par un système politique démocratique moderne, garant des libertés publiques, défenseur des droits de l’homme et de la dignité humaine, moteur du progrès pour un bien-être partagé. Qui donc a peur du pouvoir démocratique en Afrique ?

On vient de fixer les dates des législatives anticipées. C’est sûrement une bonne chose. Peut-être les Togolais iront-ils massivement voter contre les candidats du régime. Mais et après ? Ils étaient allés tout aussi massivement voter contre Eyadema en 1998, dans l’espoir légitime, mais aussi à fait illusoire, de mettre enfin un terme au régime despotique. Ils ne s’imaginaient pas un seul instant qu’une Cours constitutionnelle allait avaliser un forfait, une illégalité. On savait pourtant que cette Cour constitutionnelle était là. Elle est toujours là, et avec elle bien d’autres institutions du même genre. Comment est-il possible d’envisager dans ces conditions l’avenir démocratique du pays avec « ceux d’en face », comme certains le laissent entendre abusivement ?

Ce sont là des questions sur lesquelles ce Conseil national de la CDPA-BT entend se pencher pour proposer des éléments de réponse au Peuple togolais. Encore une fois, nous avons l’honneur et le plaisir de vous inviter à prendre part avec nous à ce débat public. Merci pour votre attention.

Kpalimé, le 17 Février 2001

Le 2e secrétaire de la CDPA-BT

E. GU-KONU

 

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