Notre bien regretté Emmanuel Yema GU- KONU Premier Secrétaire de la CDPA-BT a été inhumé au cimetière familial de sa terre natale, à Akata Adame, le 14 février dernier.
Nombreux sont des membres de sections, de fédérations de sections de la CDPA-BT, des sympathisants et amis, des responsables du PADET et du Parti des Togolais associations des ressortissants d’Akaka de la diaspora, entre autres se sont mêlés à une grande foule rassemblée pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure et lui dire adieu.
La rédaction de notre site publie en ligne l’hommage qui lui a été rendu par son parti.
De nombreux autres témoignages et hommages de ses amis, ses camarades de lutte ainsi que des sympathisants suivront.
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, chers parents du Professeur Emmanuel Yema Gu-Konu, Camarades et amis, nous voici réunis pour rendre hommage et dire Adieu au Professeur.
Votre présence est plus qu’un témoignage de l’hommage que vous avez accepté de lui rendre.
Soyez-en remerciés. Et toutes nos sincères condoléances à sa famille, ses proches, ainsi qu’aux membres et sympathisants de la CDPA-BT.
Un bref rappel: Qui est Emmanuel Gu-Konu : son parcours et ses qualités ?
I / Son Parcours académique
Né le 5 avril 1934 à KUMA-ADAME au Togo, Emmanuel Yéma Gu-Konu fit ses études primaires à Kuma-Adame et secondaires au Lycée Bonnecarrère de Lomé, d’où il fut envoyé en France pour poursuivre ses Etudes universitaires à Dijon.
Arrivé en France, Emmanuel Yéma Gu-Konu incarnait, déjà, la volonté d’une génération de jeunes africains soucieux de l’avenir du continent. Très tôt, Emmanuel GU-KONU adhéra et milita à l’Association des Etudiants et Stagiaires Togolais en France (A.E.S.T. F.), section territoriale de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (F.E.A.N. F) et section de France de l’Union Nationale des Étudiants Togolais (U.N.E.TO), plus que jamais mobilisées aux côtés des Peuples africains pour l’indépendance du continent.
1 / Ses Valeurs et sa personnalité
Emmanuel Yéma Gu-Konu, est rentré après ses études en 1966 au Togo nanti d’un doctorat de 3ième cycle en géographie de l’Université de Dijon en France.
Il travailla d’abord en France, en tant que professeur au Lycée de Sceaux.
A son retour au Togo, il anima avec le Dahoméen feu Jean Pliya, et quelques expatriés français le Département de géographie de l’Institut d’Enseignement Supérieur commun aux deux pays voisins le Dahomey devenu le Bénin et le Togo, pays rejoints plus tard par la Haute Volta devenue le Burkina Faso.
En 1970, Emmanuel Yema Gu-Konu contribua avec feu Gabriel Ampah JOHNSON, à la naissance de l’Université du Bénin, ancêtre de l’actuel Université de Lomé.
Il occupa au sein de cette jeune université les responsabilités de Directeur de l’Ecole des Lettres et Chef du Département de géographie. Il a, à cette occasion, formé de nombreux professeurs d’Histoire et de Géographies jusqu’en1980.
Plus tard, en 1983, il obtint son doctorat d’État en géographie après avoir soutenu une thèse remarquable portant sur « la modernisation de l’agriculture togolaise ». Cette soutenance s’est distinguée par une mention très honorable et les félicitations du jury, sous la direction de Gilles Sautter, l’une des grandes sommités dans le domaine de la géographie tropicale.
Feu Yves Marguerat, ancien Directeur de Recherche à l’IRD, qualifiera sa cette thèse de « puissante », et son doctorat de « l’un des plus remarquables doctorats d’État de la jeune géographie africaine ».
Entre 1983 et 1985, le Professeur Emmanuel Yéma Gu-Konu avait une carrière académique internationale.
Il partageait sa vie professionnelle entre Paris et Lomé. À Paris, il exerçait en tant qu’enseignant-chercheur à l’Institut de Géographie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Parallèlement, il occupait un poste similaire au Département de Géographie de l’Université du Bénin à Lomé.
Durant cette période, il collaborait également avec l’ORSTOM-IRD (Office de la Recherche Scientifique et Technique d’Outre-Mer), devenu en 1984, Institut français de Recherches scientifiques pour le développement en coopération, puis en 1998, Institut de Recherches pour le Développement (IRD). Il y achèvera sa carrière en tant que Directeur de recherche en 2000.
Rappelons que, de 1975 à 1981, sous initiative de Georges Laclavère, ancien directeur de l’Institut Géographique National (IGN), les Editions Jeune Afrique avait publié dix atlas consacrés à 10 pays de l’Afrique francophone.
Pour le Togo, la direction de la réalisation de « l’Atlas du Togo », fut confiée à Yéma E. Gu-Konu. Il s‘est assuré des concours de l’Association des Géographes (AGET), des Historiens, Pédologues et autres.
Il réalisera ensuite toujours sous sa direction, un certain nombre de
Emmanuel GU-KONU, acquit une reconnaissance internationale grâce à ses travaux de recherches et à la publication de nombreux articles scientifiques (voir ses nombreuses contributions de 1986 à 2003 et au-delà).
II / Engagement politique de Emmanuel GU-KONU
Homme profondément attaché à son prochain, sa gentillesse, sa modestie, son intégrité morale et son abnégation sans faille ont marqué tous ceux qui l’ont connu, aussi bien en Afrique qu’en Europe ou en Amérique du Nord.
Emmanuel GU-KONU a constamment œuvré pour la défense des droits humains et l’aide à autrui tout au long de sa vie. Ses principes fondamentaux étaient la justice sociale, la vérité, la liberté, et le progrès du pays, objectifs qui ont guidé chacun de ses engagements.
Éminent universitaire, géographe, homme d’une rigueur intellectuelle, penseur politique saisissant, conscience éclairée et constante de la lutte démocratique au Togo, patriote profondément africain, il a écrit les pages douloureuses de la lutte pour l’indépendance et n’a jamais cessé de se battre, depuis la remise en cause de l’indépendance togolaise en 1963, pour l’instauration de la démocratie et le respect des droits humains dans notre pays et au-delà.
Avec une modestie exemplaire, Emmanuel GU-KONU s’est distingué par un parcours professionnel et un engagement politique exceptionnel, témoignant d’une profonde vocation à servir son pays et ses concitoyens. Il aspirait à unTogo bâti sur la justice, la vérité et le bien-être de tous.
Pour ces raisons, l’impératif de la démocratisation du Togo s’imposait pour construire un pays où il fait bon vivre . Le peuple devait pouvoir choisir ses nouveaux dirigeants pour conduire tous les citoyens togolais avec dignité, dans la justice, la vérité et le respect. Emmanuel GU-KONU a fait de ces principes les fondements de sa vie.
Convaincu que le Peuple Togolais, mobilisé et organisé sur de justes bases, verra inéluctablement se réaliser le changement démocratique, Emmanuel GU-KONU, refusa toute compromission avec tout régime issu du coup d’État de janvier 1963. Il affirma son refus d’adhérer au RPT, dénonçant la politique de ce parti-Etat qui ne servait que les intérêts d’une minorité au détriment de la majorité des Togolais.
Son refus de soutenir cette politique de paupérisation de la majorité de la population lui valut beaucoup d’ennuis, comme cela est si souvent arrivé à d’autres Togolais dans ce régime despotique.
Ainsi, dans les années 1985, il fut arbitrairement arrêté, jeté en prison puis radié de l’Université du Bénin en 1987 pour « abandon de poste ».
A sa sortie de la prison de Lomé le 13 janvier 1987, l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne où il avait ses habitudes dès avant 1980, le rappela et lui ouvrit ses amphithéâtres et ses salles de cours.
L’ORSTOM-IRD lui ouvrit aussi les portes de son centre de recherche.
Le Professeur Emmanuel Yéma Gu-Konu transforma son exil en un espace d’actions stratégiques et de réflexion exigeante au service du peuple togolais pour créer les conditions du changement démocratique dans le pays.
2 / Fondateur visionnaire de la CDPA puis de la CDPA-BT
Emmanuel GU-KONU s’est d’autant plus impliqué dans ces revendications qu’elles allaient tout droit dans la vision qu’il s’est toujours faite du pays : un Togo libre, un Togo véritablement indépendant, un Togo tendu vers le progrès pour sa prospérité et le bonheur de tous les citoyens, un Togo qui rend les conditions de vie meilleures pour tous ses habitants, d’où qu’ils soient et d’où qu’ils viennent…
Cette vision généreuse va conduire Emmanuel GU-KONU à rédiger l’Alternative depuis ses lieux de détention puis à créer, sur la base de ce document, après sa libération, la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) originelle en 1988. Il créera ensuite la Convention Démocratique des Peuples Africains-Branche Togolaise (CDPA-BT) avant même la proclamation du multipartisme en avril 1991.
La CDPA originelle fondée en avril 1988 à l’étranger, en ces dures années où le RPT (le parti unique, parti-Etat) faisait ses ravages dans le pays, était conçue pour être un parti politique régional à l’échelle de l’espace Ouest africain, pour réunir les autres branches des Etats de l’ouest africain; ce fut tout un programme politique à construire pour la libération et la construction démocratique de la sous-région.
Le malentendu intervenu dès les premières heures de la naissance de la CDPA, n’a pas empêché Emmanuel GU-KONU, avec la détermination que nous lui connaissons, de poursuivre et de recentrer la lutte d’opposition conformément aux principes de l’Alternative.
C’est ainsi qu’en 1989, il crée avec son ami TETE Godwin et feu son grand frère Gerson Kwadzo GU-KONU, ancien plus jeune député du CUT au parlement togolais en 1960, la première branche de la Convention Démocratique des Peuples Africains au Togo (la CDPA-BT).
Militant engagé depuis ses premières heures, aux mouvements estudiantins mensionnés ci-dessus (A.E.S.T. F, U.N.E.TO et F.E.A.N.F), Emmanuel GU-KONU fut, en effet, l’un de ceux qui ont porté très haut l’exigence de liberté, de justice et de dignité humaine.
Discret mais déterminé, il fut l’artisan loyal et lucide du combat pour la fin du régime dictatorial et l’instauration de la démocratie au Togo.
Son sens élevé du devoir, sa fidélité envers son peuple et sa profonde humanité, demeurent pour tout le pays, un exemple et une source d’inspiration pérenne.
Malgré les douloureuses péripéties qu’il rencontra dans sa vie, il prit courageusement une part active dans les revendications démocratiques formulées dans la rue à partir du 5 octobre 1990 par la masse des opposants au régime pour mettre fin au régime de dictature au Togo.
En plaçant l’alternative politique et la création de véritables Institutions démocratiques au cœur de sa vision pour le Togo, Emmanuel GU-KONU occupa jusqu’à son décès le rôle de Deuxième et de Premier Secrétaire de la CDPA-BT, travaillant avec détermination et respect de la dignité humaine.
Son sens élevé du devoir et sa fidélité envers son peuple restent une source d’inspiration pour tout le pays; Emmanuel GU-KONU nous laisse un héritage vivant.
3 / Héritage vivant, Actions concrètes et initiatives
Son engagement pour les droits humains et la justice sociale a laissé une empreinte indélébile dans la mémoire nationale. Il incarne l’intégrité et la fidélité à des idéaux nobles. Malgré les sacrifices à consentir, jamais il ne renonça à ses convictions, gardant la tête haute et le regard droit, ce qui est un mérite qui rejaillit sur sa famille et ses amis.
Si, par modestie Emmanuel GU-KONU s’est toujours interdit de s’afficher à tout bout de champ comme un homme important, son parcours professionnel et politique montrent qu’il s’est impliqué corps et âme dans la vie politique du pays, avec la forte détermination de contribuer au changement démocratique pour le bien de tous.
Pour prendre un raccourci tout à fait juste, Emmanuel GU-KONU a sacrifié sa vie pour le Togo.
Sans doute n’est-il pas le seul à porter cette croix avec une grande fierté et un désintéressement total.
Sa grande modestie en fait un homme respectable, comme de nombreuses personnalités, grandes ou petites, de ce monde qui se sont sacrifiées pour notre pays, afin que nos enfants et nos petits enfants ne souffrent plus ce qu’elles ont souffert elles-mêmes toute leur vie, pour que les générations qui vont les suivre vivent mieux, dans la joie et dans la dignité dans un pays prospère.
4 / Ses Actions concrètes et initiatives
Homme d’action, il l’est resté jusqu’au bout, malgré son âge avancé comme le reconnaissent de nombreux témoignages. A son actif : la création d’organisations fortes et cohérentes comme le Mouvement de la Force Alternative d‘Opposition (MFAO), l’Alliance Politique Pour la Démocratie (APD) regroupant la CDPA-BT et le PA.DE.T (Parti Démocratique des Travailleurs des Villes et des Campagnes), le Centre de Recherches pour le Développement en Afrique Tropicale (CRDAT). Sa participation à de nombreux projets de développement tel que AGBLEHA-HANYIGBA restent dans les mémoires.
Emmanuel ne verra malheureusement pas le changement systémique souhaité avant son grand départ.
Voilà pourquoi il est en train, là, présentement devant nous, et par ma voix, de nous demander publiquement à nous tous ici ainsi qu’à tous ceux qui aspirent à ce changement, de récupérer la canne qui vient de lui tomber des mains, et de poursuivre le chemin sans détours, de continuer le bon combat avec détermination, intelligence et une claire compréhension de la situation politique de notre pays afin de préparer avec désintéressement un devenir meilleur pour le Togo.
5 / Conclusion
Un dernier mot pour conclure cette histoire de la vie de Emmanuel GU-KONU. Sans aucun doute, cette vie est un grand livre. Un grand livre qu’il a écrit, jour après jour, mois après mois, année après année, jusqu’à son dernier souffle à 91 ans.
Nous sommes nombreux à n’avoir pas lu ce grand livre pour en tirer des leçons pour nous-mêmes et pour notre pays. Aussi, ne devons-nous pas fermer ce livre aujourd’hui méconnu, et le déposer aux côtés de Emmanuel GU-KONU dans sa dernière demeure.
Nous devons au contraire le laisser largement ouvert, pour que nous-mêmes, nos enfants, nos petits-enfants et toutes les générations à venir, puissent en prendre connaissance et en tirer des enseignements utiles.
PS, EGK ou Fo Yema pour les intimes, tu n’es pas mort, tu es seulement parti. Ton souvenir continuera de nous accompagner. Aussi, resteras-tu à jamais, gravé dans nos mémoires. Veille bien sur nous.
Adieu très cher Emmanuel.
Que la terre te soit légère, et repose en paix !
Fait à AKATA, le 14 février 2026
Pour la CDPA-BT
Le Deuxième Secrétaire
Emmanuel Boccovi